Nous voici dans la belle lune de
Celle-qui-se-tient-debout
Se tenir debout. Quelle belle image! Car même si nous marchons debout, il n’est pas toujours vrais que nous nous tenions debout…
Le propre de l’adulte, c’est son besoin d’affirmation. L’enfant, lui, recherche l’approbation de son entourage: c’est essentiel à sa survie car il ou elle est dépendante de son entourage pour vivre. Il/elle a besoin de se sentir « comme les autres ». Il n’aime pas se sentir différent, même s’il s’agit d’être unique. L’enfant veut se sentir aimé(e) et il/elle est prêt(e) à sacrifier sa singularité afin de plaire. L’adulte, au contraire, pour sentir heureux doit pouvoir déployer son être au risque de déplaire.
Avec la maturité, la connaissance de soi et la confiance en soi, monte en nous le désir d’être qui nous sommes, en vérité, sans masque et sans compromis. Comme le disait si bien Oscar Wilde : « Si vous n’êtes pas vous même, qui le sera? »
N’avez vous pas en vous ce désir profond d’être connu(e), vu(e), entendu(e) dans votre entièreté? De vous dire sans crainte? De vous révéler au grand jour?
Ne plus se cacher, ne plus faire semblant, ne plus se mentir ni mentir aux autres, ne plus cultiver une image, une façade de plus en plus lourde à maintenir. Retrouver sa dignité, sa droiture, sa verticalité…cette verticalité unique dans la nature, acquise à défier la gravité, à se dresser, se redresser malgré les forces qui voudraient nous maintenir au sol.
Si oui, alors vous voilà en train de devenir adulte. Un indivisible, individu. Se tenir debout c’est pouvoir se montrer tel(le)s que nous sommes, pouvoir donner notre opinion sans craindre celle des autres, pouvoir déposer notre réalité gentiment à côté de celles des autres sans sentir le besoin de les convaincre, de «leurs faire entendre raison», ou d’avoir raison. Qu’elles sont belles, qu’ils sont beaux, celles et ceux qui dignement font changer le monde en refusant de se soumettre !
Être dans sa vérité
Se tenir debout, c’est s’autoriser à être dans sa vérité en ayant la certitude, en toute humilité, que cette vérité-là est toute personnelle.
C’est ne plus courber l’échine, ne plus accepter les jougs, ne plus se promener avec «la queue entre les jambes».
C’est s’aimer si bien que nous n’avons plus peur de faire face, de nous dresser face à ceux qui voudrait nous soumettre, de défendre ceux et celles qui n’ont pas la force ou le pouvoir encore de se tenir eux-même debout. C’est faire face à la désapprobation ou à la colère possible des autres et continuer de parler, de cheminer, de croire…parfois au risque de notre propre vie.
Comme la Terre qui, inlassablement, trouve les chemins de la vie même dans les endroits les plus hostiles.
C’est réapprendre à être courageux (se).
C’est aussi se tenir debout face à nos propres addictions, nos propres blessures, nos croyances douloureuses, nos convictions qui ne nourrissent plus la Vie en nous; car si ce sont elles qui nous mènent, alors nous sommes encore des esclaves. C’est ne plus se condamner à cette perpétuelle culpabilité qui nous fait voir et revoir ad nauseam nos «fautes» (plus souvent des erreurs) du passé. Nous devons arrêter de nous faire «payer» intérieurement tout ce que nous croyons avoir mal fait. Nous nous jugeons, nous condamnons et nous enfermons ensuite dans une auto-violence insensée.
Se tenir debout devient alors être responsable, réparer, demander pardon puis se pardonner à soi-même de n’être, finalement, que des êtres humains…c’est goûter à la liberté qui vient avec des gestes délibérés; des risques que l’on prend en suivant notre âme et conscience plutôt que les diktats de notre société, de notre religion, ou ceux que l’on s’impose insidieusement à nous mêmes.
C’est ne plus rechercher ni attendre l’amour de l’autre, et, en passant, trouver du respect et de l’amour de soi-même. Et le trouver si bien que nous ne voudrons plus nous marcher dessus ni laisser quiconque le faire; que nous ne voudrons plus marcher si qui ou quoi que ce soit.
Nous serons alors comme des arbres qui marchent: côte-à-côte, lié.es par les racines et la terre et étendant nos bras jusqu’au ciel, bien assez vaste pour que nous y trouvions toutes et tous notre juste place.
Ho!